Du Paso Dorotea au Paso San Sebastian (du 23.12.2015 au 29.12.2015 – 636 km – 48.078 km cumulés)

23 décembre 2015.
Troisième entrée au Chili, on est rôdés. Le frigo est quasi vide, les œufs sont durs, les fruits sont pelés et les carottes sont … cuites, évidemment. Le document de déclaration de douane est déjà rempli : on en a pris un stock au dernier passage frontalier, en prévision des suivants. Je m’occupe de l’immigration, Catherine fait déjà la file à la douane pour l’importation temporaire du véhicule. Et voilà le travail, en dix minutes, la frontière est derrière nous, tandis que Puerto Natales est droit devant.

Dernier espoir.
Dernier espoir.

La petite ville portuaire battue par les vents devant la baie de la Ultima Esperanza a été fondée en 1911 et recèle encore quelques maisons authentiques, qui résistent face aux hôtels boutiques. Nous tournons un peu en ville pour trouver un bivouac abrité et avec wifi de préférence, c’est chose faite sur la Plaza de Armas (merci les Ensemble Autrement) et nous croisons la famille Carlier quittant la ville. Leur véhicule, pourtant moins vieux que le nôtre, est orné de nombreuses rustines, ils nous avouent lui en faire voir de toutes les couleurs. Le bon plan de la douche chaude à la Copec fonctionne toujours (petite porte noire derrière la cafétéria). Il manque le sèche-cheveux mais le vent remplit la même fonction. D’ailleurs, il souffle tellement que ça pousse les molécules d’air, ce qui rend la respiration difficile.

24 décembre 2015.
On a bien dormi, mais ça caille un peu ce matin. Tant qu’à avoir froid, autant aller se promener. Nous luttons quelques instants contre le vent sur la Costanera, le temps d’apercevoir une famille de cygnes à col noir, puis nous remontons en ville pour visiter le musée municipal : il est chauffé.

Tom & Jerry.
Tom & Jerry.

 

Il faut le prendre comme un cygne.
Il faut le prendre comme un cygne.

 

Pour l'asado.
Pour l’asado.

La visite commence par la galerie historique qui présente le fameux milodon, cet animal préhistorique herbivore, sorte de croisement entre un ours et un paresseux géant, géants comme sont apparus les indiens tehuelches, mesurant généralement 1m80, aux yeux des conquistadors espagnols dont la taille moyenne frôlait un petit 1m55 et qui ont ainsi contribué à la fondation du mythe des géants patagons (hommes aux grands pieds), descendants des tribus de nomades « chasseurs-cueilleurs » arrivés une centaine de siècles avant J-C.

Puerto Natales.
Puerto Natales.

 

Puerto Natales.
Puerto Natales.

 

Puerto Natales.
Puerto Natales.

Pour une fois à midi, je m’occupe du dîner : les empanadas de pollo à la boulangerie de la calle Bulnes font l’affaire, enfin un bon repas ! Rassasié, je m’installe à l’office du tourisme Sernatur où la connexion à Internet par wifi est excellente (code : sernatur2010) pour publier sur le site. Puis, c’est Noël en famille, les kets reçoivent un authentique milodon (merci Papy) et nous mangeons une bonne fondue industrielle au fromage, ou au fromage industriel si vous préférez, avant de regarder un dessin animé dans la capucine. Avec les enfants. Joyeux Noël.

Milodon.
Milodon.

 

Feliz Navidad.
Feliz Navidad.

25 décembre 2015.
Pfft quelle mauvaise nuit. D’abord quelques fêtards bruyants, puis l’alarme du multi-gaz qui se met en route (en fait, ce n’était qu’une fausse alerte, il est vraiment très sensible, ce détecteur), et enfin Valentin qui réveille tout le monde à l’aube. En plus, il pleut et franchement, ça caille. On passe à la Copec (plein et douche) puis à l’office du tourisme (Skype et site) et on commence la route vers Punta Arenas, le chauffage à fond de balle, en s’arrêtant pour la nuit dans un charmant village, Villa Tehuelche, avec plaine de jeux et wifi de la bibliothèque.

Villa Tehuelche.
Villa Tehuelche.

26 décembre 2015.
On traîne un peu ce matin puis on reprend la route de Punta Arenas. Avant d’aller en ville, on s’arrête voir la réplique du bateau Victoria, le seul des cinq bateaux de l’expédition de Magellan à en revenir et donc le premier bateau à réaliser un tour du monde. C’est le 20 septembre 1519 que cinq navires quittent l’Espagne, au nom de la Couronne. Deux mois plus tard, ils arrivent sur les côtes sud-américaines (Brésil d’aujourd’hui) et les descendent tranquillos, la croisière s’amuse, jusqu’à trouver un passage entre le continent et l’île de Terre de Feu, le baptisant (au passage !) de « Estrecho de Todos los Santos ». Je suppose qu’ils ont prié tous les Saints avec ferveur pour en venir à bout. Ce n’est que plus tard que le nom de Magellan fut donné au détroit. Là, ils ont dû se dire qu’ils n’étaient plus à ça près et zou ils ont continué vers l’Ouest, loupant quelques îles où ils auraient pu se ravitailler. Ils arrivent trois mois plus tard aux îles des Voleurs (devinez pourquoi), rebaptisées par la suite les îles Mariannes. L’accueil n’était pas top, alors ils sont repartis jusqu’aux Philippines. Aie la boulette, ce fut pire : Magellan et six membres d’équipage sont tués au combat contre les indigènes de l’île de Mactan, le 27 avril 1521. Il ne reste alors plus que deux navires, le Victoria et le Conception. C’est ce dernier, le plus déglingué, qui est sabordé par Juan Sebastian Elcano qui a repris les commandes, sans être pressé de rentrer. Le Victoria n’arrive que le 6 septembre 1522, à Sanlucar de Barrameda en Espagne, avec 18 hommes, survivants des quelques 240 au départ trois années auparavant.

Nao Victoria.
Nao Victoria.

 

La main dans le sac.
La main dans le sac.

 

Nao Victoria.
Nao Victoria.

C’est donc dans la réplique à taille réelle de ce bateau que les kets s’amusent innocemment aujourd’hui. J’ai du mal à imaginer que les marins vivaient entassés à cinquante dans cette coquille de noix, avec zéro confort. A côté de ça, notre camion est un palace. Il y a aussi la réplique du HMS Beagle (rappelez-vous : Fitzroy et Darwin), en cours de construction, et du James Caird, le canot de sauvetage qui permît à l’explorateur Ernest Shackleton de sauver l’équipage du navire l’Endurance, broyé par la banquise pendant l’hivernage improvisé de 1915 et qui avait trouvé refuge sur l’île des Éléphants. Accompagné de cinq gaillards, l’explorateur a rejoint l’île de la Géorgie du Sud afin d’y organiser les secours !

A la barre.
A la barre.

 

James Caird.
James Caird.

 

La rencontre de deux Grands du voyage.
La rencontre de deux Grands du voyage.

Et dire que certains camping-caristes européens se prennent (ou passent) pour des aventuriers parce qu’ils font quelques kilomètres en Amérique … Aujourd’hui, l’aventure pour nous, c’est qu’on va au resto en tête à tête tandis que les kets gardent le motorhome, garé devant le resto. Une bonne soirée et un très bon repas, merci Papa.

Santé.
Santé.

27 décembre 2015.
Cette belle journée va une fois de plus mettre en exergue la grande flexibilité que nous avons acquise pendant notre voyage. Nous laissons le CC devant le resto (au cas où) et partons visiter le musée régional, sis dans une magnifique bâtisse. C’est fermé pour cause de grève. Nous poursuivons vers le musée naval, il est fermé pour cause de dimanche. Nous allons dès lors au Palacio Braun, une belle baraque fermée pour cause de restauration. Nous marchons jusqu’au musée militaire, fermé jusqu’à nouvel ordre (oui, mon caporal). Bon, le ciné est ouvert, on y va ? Et je vous le donne en mille : le resto est fermé le dimanche.

On écrit sur les murs ...
On écrit sur les murs …

 

La huelga.
La huelga.

 

Tu crèches où ?
Tu crèches où ?

28 décembre 2015.
C’est aujourd’hui lundi, on a de l’intendance à gérer. D’abord le gaz, on remplit facilement chez Gazco (GPS : -53,14973, -70,91420). Ensuite les courses, on fait le plein dans un grand Mall et on y rencontre la famille Boudoir (« comme les biscuits »). Enfin, une petite fuite du liquide de refroidissement, le raccord entre les nouvelles conduites posées au Costa Rica et les anciennes coule goutte à goutte. J’ai beau resserrer, ça reste mouillé au droit de la pièce de raccord, sans doute fendue. Je me contente pour le moment d’acheter un bidon de liquide en réserve.

Gasco.
Gasco.

 

On the way.
On the way.

Nous sortons de la ville pour s’installer au Parque Chabunco qui offre une belle aire de camping, mais il nous manque quelques centimètres pour passer le portail : c’est le coffre de toit qui nous condamne à reprendre la route jusqu’à Punta Delgada d’où partent les ferries vers la Terre de Feu, cette dernière étant une île séparée du continent par le détroit de Magellan. La traversée est rapide, j’ai à peine le temps de photographier quelques toninas overas (dauphins de Commerson), blancs et noirs. Pour le moment, la route est bonne, mais de la très mauvaise piste nous attend. On se la garde pour demain et passons la nuit abrité du vent grâce au cinéma de Cerro Sombrero.

Broom.
Broom.

 

Magellan.
Magellan.

 

Free Willy.
Free Willy.

29 décembre 2015.
Depuis hier soir, nous sommes donc en Terre de Feu, mais pourquoi Terre de Feu me demanderez-vous ? Eh bien, quand Magellan et sa fine équipe ont trouvé l’île, ils ont remarqué la fumée des feux que les indiens yamanas entretenaient pour se tenir chaud, il n’y avait pas de petit Damart à l’époque. Puis, après le tour que vous savez, ils (du moins ceux qui restaient) sont rentrés au pays pour raconter ça au roi, Charles Quint. Celui-ci, tenant du génie et à la limite de la surchauffe, se serait exclamé qu’il n’y a pas de fumée sans feu et décida dès lors de nommer cette contrée : « Tierra del Fuego ». La petite ville qui nous a hébergés s’est développée grâce à l’ENAP, la compagnie pétrolière nationale chilienne, qui possède une base à côté. Nous avons donc dormi à côté du cinéma et du hall omnisport aux couleurs de la compagnie. La petite place si calme cette nuit est vite envahie par une armada de picks-up rouges, les véhicules de services qui roulent au pétrole. Pendant ce temps, Catherine cuit les légumes en prévision du prochain passage de frontière et je visite le musée puis la bibliothèque avec les garçons.

11h00.
11h00.

 

11h30.
11h30.

 

12h00.
12h00.

On se régale d’une bonne souplette de lentilles (purée, difficile pour les garçons) et c’est parti mon kiki. Sur les conseils d’autres voyageurs, corroborés par des argentins, nous prenons la route 257CH, dont le tronçon de ripio est au moins aussi pourri que celui de la 259CH, mais il a le mérite d’être moins long. On commence donc par 15,5 km de pavimiento (ça, c’est très bon : route en béton, récente) puis on enchaîne avec 37 km de ripio (piste caillouteuse), parfois bonne, parfois mauvaise, qui longe la nouvelle route, pas encore en service. En cours de route, enfin de piste, je colle des sacs en plastique sur les grilles de ventilation du frigo, de sorte à éviter de l’encrasser avec la poussière brassée par les véhicules : le mécanisme du frigo est sensible. On retrouve le pavimiento sur 27,5 km jusqu’au croisement d’Onaisin, puis 56 km de ripio d’abord très bon sur 25 km, puis très mauvais sur 15 km, avec le meilleur pour la fin : les 6 derniers km avant la frontière chilienne de San Sebastian. Reste une dizaine de kilomètres entre les deux postes frontières, très bons dès qu’on arrive sur le territoire argentin. Bilan de la journée : pas de pneu crevé, pas de caillou coincé, pas fuite. Juste un phare explosé.

T'es sûre, "tout droit" ?
T’es sûre, « tout droit » ?

 

Et après, ça descend.
Et après, ça descend.

 

Plastiqué.
Plastiqué.

 

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