Sri Lanka : Août 2019

29 juillet 2019.
L’avion du vol EY002 a atterri il y a moins d’une heure et nous sommes déjà dans la piscine sur le toit de l’hôtel Premier Inn Express Abu Dhabi, avec vue sur l’aéroport international, c’est top.

Yaka.
Yaka.
I believe I can fly.
I believe I can fly.

Il faut reconnaître que la journée avait bien commencé à Francfort, avec un véritable automate à pancakes, il suffit de pousser sur un bouton pour voir arriver une ou plusieurs pancake. Par contre, le nappage au sirop d’érable est resté en mode manuel, ce qui fait les affaires de certains. Suivez mon regard.

Entre les deux hôtels, quelques heures d’avion pour une escale tout confort avant notre destination finale : la Perle de l’Inde.

30 juillet 2019.
Le vol se déroule sans aucun problème, le visa électronique est bien enregistré, notre seul bagage – un petit 18 kg pour nous quatre durant un mois – est vite sur le tapis roulant malgré la très longue escale, le change est réglé de main de maître et la carte SIM est à peine installée que le représentant de l’agence Casons nous mène à la voiture de location.
Bref, tout va bien, une arrivée réglée comme du papier à musique.

Lui aussi.
Lui aussi.

Sauf qu’il y a une fausse note.
La bagnole est une épave, une poubelle, un déchet. Et en plus, le pey n’arrive même pas à ouvrir le coffre. Restant zen, nous arrivons à lui faire comprendre que, même si le coffre s’ouvre après avoir cligné cinq fois de l’œil droit en levant le gros orteil gauche vers le bas, sa casserole, c’est no (vwonthe)way. C’est là qu’il nous sort un misérable « Ne bougez pas, je reviens dans cinq minutes » … la boulette.

Donc, une heure plus tard, la mère de mes héritiers fait honneur à sa légende en marquant à jamais les esprits de tous les individus présents à 18h23 dans le grand hall des arrivées, que même le militaire en faction à côté de la porte principale m’a regardé avec un air profond – et sincère – de compassion.

Soit. Avec notre méthode efficace « good cop / bad cop », nous obtenons une vraie voiture semblant neuve, un hôtel de grand confort en dédommagement et un chauffeur pour nous y conduire, parce que là, franchement dans le noir de la nuit tombée ça ne me dit plus rien.

Voilà pourquoi nous passons finalement la nuit dans le centre-ville de Colombo, ce qui n’était absolument pas au programme. Comme quoi, heureusement que nous n’avions pas réservé d’hôtel.

Moralité : si la Perle de l’Inde sait se faire désirer, ma Perle de Belgique il ne faut pas exaspérer.

31 juillet 2019.
Tant que nous y sommes, nous profitons un peu de la piscine sur le toit avant d’affronter une bonne heure d’embouteillage pour sortir du centre-ville de la capitale économique du pays.
Pour avoir déjà traversé quelques capitales en conduisant moi-même, je dois avouer que la circulation dans celle-ci est un peu chaud patate, heureusement que nous ne sommes pas en CC, il faut serrer les fesses et ne surtout pas compter sur les autres pour éviter l’accrochage.

Colombo j'écoute.
Colombo j’écoute.
A pool in the sky.
A pool in the sky.

Dès que nous arrivons sur la highway payante, ça file droit jusqu’au domaine de Brief Garden, ancienne propriété familiale de Bevis Bawa, artiste sri-lankais qui fréquentait du beau monde et qui appréciait les statues de jeunes sri-lankais dénudés. Sans transition, j’apprends qu’il a légué sa propriété à son jardinier en chef. Après cette petite pause bucolique, nous poursuivons jusqu’à Unawatuna, la petite cité balnéaire proche de Galle, nous y faisons le bonheur des sympathiques gérants de l’hôtel – vide de chez archi-vide – The Fort Edge Retreat, perdu sur les hauteurs, nous serons sains et saufs en cas de tsunami.

Brief garden.
Brief garden.
Un travail d'artiste.
Un travail d’artiste.

Seuls clients de l’hôtel, nous y recevons la plus belle chambre et un service aux petits oignons.

1er août 2019.
Bruxelles, Francfort, Abu Dhabi, Colombo. Jet-lag oblige, nous émergeons difficilement et décidons de traîner un peu avant d’attaquer le fort de Galle. Mais les kets terminent quand même cinq pages de leur cahier de vacances, faut pas pousser.

Cinq pages.
Cinq pages.

La ville fortifiée de Galle telle que nous la connaissons aujourd’hui (à peu de choses près) a été fondée par les Portugais en 1587, alors qu’elle était déjà un lieu d’échanges commerciaux prospère depuis l’Antiquité, tandis que nous devons l’efficace réseau d’égouts aux Hollandais qui avaient importé leur technologie de moulins à vent pour puiser l’eau de la mer et ainsi les rincer (les collecteurs, hein, pas les Hollandais), et la grande Clock Tower aux Anglais.

C'est fort.
C’est fort.
Galle.
Galle.

Nous dégustons un savoureux nasi-goreng. Savoureux mais épicé car nous avons oublié de demander « not spicy ». Alexis termine vaillamment son plat sourciller, mais Valentin est « au bout de sa life », il souffle comme un dragon enragé. Nous parcourons ensuite les imposants remparts qui ceinturent la vieille ville. Hauts d’une vingtaine de mètres et larges de trente, le terrible tsunami de 2004 n’en est pas venu à bout. Les monuments historiques décrépis sont légions, contrairement aux touristes, on ne se bouscule pas trop en ce moment, nous ne croisons que quelques couples, rarement décrépis, et quelques familles de tous horizons.

De retour à l’hôtel, ma Perle de Belgique se prélasse langoureusement sous la douche lorsqu’elle s’écrie qu’elle est observée par quatre paires d’yeux … de singes dont, d’après elle, la queue n’est pas préhensive, c’est tout à fait étonnant.

2 août 2019.
Un impressionnant orage matinal a raison du courant électrique, ce dernier ne reviendra qu’en fin d’après-midi, raison de plus pour partir en excursion.

Longeant la route côtière, nous nous arrêtons à la maison de l’écrivain Martin Wickramasinghe Samadih, décédé à l’âge de 86 ans en 1976 (je vous laisse le soin de déterminer son année de naissance) auteur prolifique, son livre The mysticism of Lawrence, publié en 1953 fit sensation dans les salons anglais à l’époque. Il fréquenta peu après le poète soviétique Nikolaï Tikhonov. En plus d’être écrivain, Martin aimait son pays et a constitué, au fil des années, un véritable musée qu’il est loisible de visiter aujourd’hui, ne vous en privez donc pas.

On ne fait pas dans la dentelle.
On ne fait pas dans la dentelle.

Nous reprenons la route jusqu’à un petit temple qui ne paye pas de mine, le Kathaluwa Purvarama Mahavihara, vu de l’extérieur. Mais il mérite surtout le détour pour ses fresques colorées présentant l’histoire sociale du pays (en cours de restauration), si vous avez la chance comme nous de trouver les portes ouvertes, ce qui est apparemment assez rare.

Fresque.
Fresque.

Jamais deux sans trois (sauf les kets, hein), nous passons à la visite suivante, la fabrique de thé de Handunugoda. La production s’exporte jusqu’en France où les bobos de Paris la consomment sous l’appellation des thés des frères Mariage. Nous avons droit à un guide privé et une dégustation du prestigieux thé Oolong dont voici le descriptif, tiré de la notice : « C’est un des thés les plus spécifiquement produits à Handunugoda. On ne le trouve nulle part ailleurs dans le monde. Il est produit à partir des plus tendres feuilles vertes. Ce thé est récolté à l’aurore avant que le soleil ne se lève afin de préserver sa saveur. Il est fabriqué la nuit quand la température est basse. C’est à ce moment précis que les meilleurs thés sont fabriqués. Il est faible en caféine et peut être bu également le soir. C’est un excellent thé entre le thé vert et le thé noir ». Ça me laisse pantois.

Thé.
Thé.
Ton thé t'a-t-il ôté ta toux ?
Ton thé t’a-t-il ôté ta toux ?

Après toutes ces visites, nous avons passé l’heure du déjeuner, alors nous prenons logiquement le goûter, deux gros morceaux de cake (un vanille – banane et un chocolat – sucre). Un régal que deux heures dans la piscine n’arriveront pas à éliminer.

On fait aller.
On fait aller.

3 août 2019.
Nuit plus ou moins fraîche : j’ai réglé la clim sur 25 °C, mais nous tardons toujours à émerger, nos amis les singes doivent patienter jusqu’à 9h pour nous voir débarquer au pisse-pot. Le rituel du matin est déjà bien calibré : petit-déjeuner royal, quelques pages des devoirs de vacances, un peu de piscine, puis en route pour les visites.

Nous décidons de retourner dans le fort de Galle, histoire de bien nous imprégner de son ambiance chaude et humide (je me liquéfie) et surtout de ses beaux bâtiments coloniaux. Nous nous aventurons dans le musée archéologique sous-marin, sis dans le plus long bâtiment d’Asie du Sud, j’ai nommé les anciens entrepôts de la fameuse VOC, vous aurez reconnu la Verenigde Oost-Indische Compagnie. Outre les aspects historiques remontants à l’Antiquité, le musée présente également les fouilles archéologiques sous-marines les plus récentes, telles celles menées en … 1993 (c’est déjà hier) pour remonter les plus belles pièces du navire marchand Avondster, aux mains de cette Compagnie Néerlandaise des Indes orientales. Ce navire de 40 mètres et pesant bien son petit 260 tonnes, ayant à son actif plus de 65 trajets avérés entre le Sri Lanka et l’Angleterre et les Pays- Bas, fit naufrage le 2 juillet 1659 dans les rochers du port de Galle. Trois siècles plus tard, les activités de recherches financées par nos voisins du Nord ont permis de le retrouver à 50 mètres du large par 7 mètres de profondeur. Nous déambulons ensuite au gré de l’ombre dans les petites ruelles avant de suivre les remparts jusqu’à la Clock Tower, érigée par les Anglais en 1887 à l’occasion du demi-siècle de règne de la reine Victoria.

Galle.
Galle.
Galle.
Galle.
Clock Tower.
Clock Tower.

4 août 2019.
Une longue journée s’annonce, nous ne restons qu’une demi-heure dans la piscine avant de lever le camp, il est 10h30.

Première étape, le phare de Devinuwara, sis à la pointe méridionale de l’île. A cet endroit précis, nous sommes plus proche de l’Antarctique, situé à quelques 8.000 km, que de la capitale de l’Europe, distante de 8.500 km.

Antarctique.
Antarctique.

Deuxième étape, le temple de Mulkirigala qui culmine à deux cents mètres sur le haut d’un rocher, c’est la promesse d’un peu plus de 500 marches étroites à gravir sous 35 °C et 92 % d’humidité relative, mais ça vaut le coup. Des cavités dans la roche ont été aménagées en lieu de culte, avec des bouddhas couchés et des fresques colorées, c’est très impressionnant, d’autant plus qu’en ce dimanche après-midi, de nombreux locaux viennent s’y recueillir. Nous arrivons en nage au sommet pour recevoir une bénédiction et profiter d’un magnifique panorama.

Bouddha.
Bouddha.

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Béni.
Béni.
Salut, ça marche ?
Salut, ça marche ?

Troisième étape, l’entrée du parc national d’Udawalawe, nous y négocions un forfait gîte, couverts et safari. Nous nous promenons le long des champs de canne à sucre, mais restons sur nos gardes : il paraît que parfois, pris de fringale, les éléphants du parc national défoncent les barrières de sécurité pour une petite pause sucrée. Réveil à 5h40, sleep and see.

5 août 2019.
Hier soir, il faisait tellement chaud sous l’énorme ventilateur que j’ai laissé mon corps dénudé (enfin, presque) en offrande aux moustiques et autres bestioles devant les fenêtres grandes ouvertes de ma chambre. Eh bien, contre toutes attentes, pas une seule piqûre au réveil. Efficace, le DEET.

À 6h du matin, nous sommes déjà installés dans la jeep qui roule à vive allure vers le parc national d’Udawalawe. Couvrant une superficie de 308 km2 et créé en 1972 pour protéger la zone de captage du réservoir éponyme, le parc national abrite environ 400 éléphants (elephas maximus), plus de cent variété d’oiseaux et plein d’autres animaux. Nous aurons ainsi vu de près : des buffles d’eau, des macaques, des éléphants, une gazelle, des mangoustes, des renards, des crocodiles, des aigles et même des touristes, forcément. A cette saison, le niveau du réservoir est au plus bas, de sorte que les jeeps du parc peuvent rouler dans la plaine desséchée où les animaux sauvages se concentrent autour des points d’eau restants.

Buffalo.
Buffalo.
Léon.
Léon.
Pachyderme.
Pachyderme.
Aux aguets.
Aux aguets.
In a while.
In a while.

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Après trois heures d’Orangina (secouez-moi), un copieux petit-déjeuner nous attend au « lodge », après quoi nous reprenons la voiture et trouvons encore trois éléphants mâles le long de la route qui jouxte la frontière du parc, sans doute sentent-ils poindre le bout d’une petite fringale.

Pour nous, la fringale attendra, c’est le site historique de Buduruwagala qui nous occupe. A l’écart des circuits habituels, il se situe au bout d’une piste rugueuse (m’en fous, c’est pas le CC) et s’ouvre sur une petite falaise dans laquelle des bouddhas sont taillés, le plus grand mesure bien une quinzaine de mètres, le site aurait été créé il y a plus de mille ans.

Pas de marbre.
Pas de marbre.

Un peu plus loin, sont les chutes de Diyaluma qui constituent l’occasion d’une petite pause avant la route de montagne, sinueuse, étroite et cabossée qui nous mène à Haputale, petite ville perchée à 1.450 mètres d’altitude, c’est pour nous l’assurance d’une nuit fraîche sans le bruit de la climatisation. Nous optons pour un hôtel l’écart de la ville, le long de la vieille ligne de chemin de fer et à côté de plantation de thé. Un cadre de carte postale !

Cascade.
Cascade.
A Kobo with a view.
A Kobo with a view.
Et j'entends siffler le train.
Et j’entends siffler le train.

6 août 2019.
En fait, nous logeons chez l’habitant, le Resort n’a de resort que le nom, mais ce n’est pas grave, la vue promise est bien là, comme le bébé de la famille, qui a braillé toute la soirée ! Les tuk-tuk et autre camions ne me font pas peur, nous rallions en voiture, notre Toyota Vitz blanche, la Dambatenne Tea Factory qui, comme chacun le sait, produit le thé Hello Lipton Yellow. Par contre, gardez vos roupies et épargnez-vous l’expéditive visite de la fabrique, menée en dix minutes montre chrono dans un anglais approximatif et sans dégustation à la fin. Peut mieux faire. Comme des feignasses sans vergogne, nous montons au fameux Lipton’s Seat en tuk-tuk, c’est l’endroit fétiche du regretté Sir Lipton, l’inventeur du thé en sachet. Le tuk-tuk peine dans les montées, chargé des VW On The Way, du driver et d’un pey qui profite du lift, j’ai même cru qu’il faudrait pousser un moment dans les virages en épingle.

Lipton.
Lipton.
Et nous 4 en plus.
Et nous 4 en plus.

Arrivés au sommet, à près de 2.000 m, deux surprises nous attendent : un, il y a un épais brouillard, donc pour la vue, tu repasseras. Deux, la statue de Sir Lipton est partie. Mais l’ambiance est bien là, le vert décliné sous toutes ses nuances, quelques arbres qui émergent, le paysage qui se découvre au gré des courants d’air et les tea pluckers, ces ouvriers Tamouls qui ne manquent pas de nous saluer alors qu’ils triment dans les plantations. Nous sommes plus courageux à la descente, c’est bien connu, et coupons à travers champs sur les sentiers escarpés jusqu’à la fabrique.

Thé.
Thé.
Un km à pieds, ...
Un km à pieds, …

De retour au village, nous nous risquons au plat national, un rice and curry, comme son nom l’indique c’est du riz accompagné d’un ou de plusieurs ragoûts très épicés, et comme ça mijote depuis le matin, on a beau demander « not spicy », ça débouche quand même les narines. Une bonne jatte de thé éteindra le feu !

Avant de rentrer à l’hôtel, nous visitons le manoir d’Adisham, au charmant look so British. Construit en 1929 par un riche négociant, le manoir fut repris en 1961 par une communauté bénédictine qui commercialise des pots de confiote aux fruits exotiques et qui entretient parfaitement le joli jardin. Quel travail de bénédictin.

Adisham.
Adisham.

De retour dans notre chambre, c’est encore une surprise : notre sac est envahi par des toutes petites fourmis, ce qui nous oblige à le vider entièrement et à scruter chaque vêtement, pièce par pièce.

7 août 2019.
L’unique avantage qu’offre notre « resort », c’est la vue qu’il offre sur la vallée d’Uva. Rien que cela, ça vaut son pesant de cacahuètes, et avec une pintje en sus, ça serait encore mieux. Pour le reste, n’importe qui ne devrait pas s’improviser hôtelier.

Nous quittons donc notre hébergement assez tôt et prenons la direction d’Ella par une route panoramique chargée mais en très bon état. Arrivés à destination, nous galérons un peu à trouver une auberge : c’est soit trop bruyant, soit trop dispendieux, soit trop crade, soit trop petit, soit trop loin. Mais après une petite heure de recherche, nous trouvons notre bonheur près de la station ferroviaire, et mis à part les huit trains de la journée, cela s’annonce calme.

Nous ne sommes ainsi qu’à quelques foulées de la station, ça tombe bien, nous avons prévu une petite excursion en train : un aller-retour vers Haputale, que nous venons de quitter en voiture !

C’est que le trajet est réputé pour son paysage, et ce n’est pas parce que nous avons choisi la voiture de location que nous ne pouvons pas une fois prendre le train.

Ella elle l'a ...
Ella elle l’a …
Tchou-tchou.
Tchou-tchou.
C'est beau.
C’est beau.

Donc, nous voilà embarqués pour un voyage d’un autre temps, une heure de train pour un petit 23 km, le convoi s’arrête régulièrement et traverse les plantations de thé sur un parcours sinueux. Au retour, c’est une autre affaire, venant de Galle, il est bondé de chez bondé et aucune place assise n’est libre. Les touristes s’agglutinent devant les portes qui restent ouvertes, candidats au vertige s’abstenir. Évidemment, à Ella tout le monde descend, la petite ville n’est pas hyper touristique pour rien. Western food, prix affichés en USD et happy hour à gogo, musique à fond les manettes, il y a de quoi occuper les routards les plus embourgeoisés.

8 août 2019.
Aujourd’hui, la voiture reste au parking, nous partons en randonnée, qu’écris-je, en expédition. Première halte, le resto du coin pour le petit-déjeuner : des « rottis » sortes de grandes crêpes que nous nappons d’un sirop qui s’apparente vaguement à du miel. Ensuite, c’est parti mon kiki, nous montons au sommet du « Little Adam’s Peak » qui comme son nom l’indique est petit par rapport à l’Adam’s Peak tout court. Un bon 400 marches à monter tout de même pour un panorama à couper le souffle.

Rotti.
Rotti.

Enfin, direction le clou du spectacle, le rassemblement des touristes qui se livrent à un concours de la photo la plus Instagrammable (oui, ça fait mal) dans un environnement qui se suffit pourtant à lui-même, et qui se passerait bien de tous ces gugusses mis en scène, j’ai nommé le « Nine Arches Bridge ». J’ai même entendu une Instagrammeuse demander à sa copine : « Au fond, pourquoi il s’appelle Pont des Neuf Arches, ce pont ? ». Et c’était en anglais dans le texte, de surcroît.

"Nine Arches bridge"
« Nine Arches bridge »
Noix de coco !
Noix de coco !
#gugussesinstagrammables
#gugussesinstagrammables

Après toutes ces émotions, les kets n’ont qu’une envie, revenir à l’hôtel et se faire ratiboiser par leur père aux échecs, au morpion et au jeu des 7 familles. Après le souper, nous variantons les rottis en guise de dessert : banane-chocolat.

9 août 2019.
Deux nuits à Ella suffisent amplement, nous levons le camp, direction Nuwara Eliya, la ville la plus haut perchée du pays. La halte culturelle du jour, c’est la Halpe Tea Factory, les kets se sont découvert un goût profond pour le subtil Oolong. La visite est guidée par un guide dithyrambique, j’ai commencé à lâcher prise à l’étape du tri optique et j’ai carrément été largué par les polyphénols. Donc à la fin de la visite, j’ai pris une bonne dose d’antioxydants et d’autres agents actifs excellents pour le corps et l’esprit, grâce à ces petites feuilles de Camelia Sinensis, travaillées en cinq étapes après récolte.

Cela va sans dire.
Cela va sans dire.
Tea for two.
Tea for two.

Nous sommes ainsi d’attaque pour la belle route de montagne, truffée de tuk-tuk, autobus et camions qu’il faut systématiquement dépasser dans les virages, ben quoi, quelle ligne blanche ?

Nous arrivons à destination sous un véritable déluge de vent et de pluie, le thermomètre a chuté de 15 °C, on supporte sa petite laine. Perché à plus de 1.900 mètres d’altitude, il n’y a point de chauffage dans notre auberge et ça caille. Nous prenons le High Tea au Grand Hôtel, disons que c’est assez confortable et bien servi.

Viens chez moi, en Toyota.
Viens chez moi, en Toyota.
High tea.
High tea.
Comme vous le savez, c'est sa tasse de thé.
Comme vous le savez, c’est sa tasse de thé.
Grand Hôtel.
Grand Hôtel.

10 août 2019.
Le vent a secoué la baraque toute la nuit et nous quittons celle jolie ville au charme suranné tôt le matin, une descente infernale au travers des Tea Factories nous plonge dans la plaine de Kandy dans une végétation luxuriante. La traversée du centre-ville encombré et pollué en ce samedi matin pluvieux est un jeu d’enfant, il suffit d’être patient et de d’éviter les bi- et tricycles qui passent où et quand bon leur semble, sans compter les bus qui ne sont plus à quelques blouches près.

Kandy est l’ancienne capitale d’un royaume d’une époque révolue avec l’arrivée des colons anglais suite au traité ratifié en 1815, oui oui l’année de la défaite de Napoléon à Waterloo. Première tentative pour entrer dans le parc du temple de la dent, je suis refoulé car mon short est trop court. Rassurez-vous, il m’arrive juste au-dessus des genoux, alors que celui de certaines touristes est bien loin d’arriver aussi bas. Nous partons alors pour un trek de trois kilomètres autour du lac, offrant de belles vues sur les beaux quartiers de la ville. Nous ne manquons pas le goûter, un assortiment de pâtisserie que nous pouvons déguster au sky deck d’un immeuble de cinq étages, nous arrivons ainsi au-dessus des câbles électriques.

Kandy ...
Kandy …
Animal sacré.
Animal sacré.
...raton ?
…raton ?
Sacré animal.
Sacré animal.
Leve de koning
Leve de koning
Musée.
Musée.

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Rassasiés, nous arrivons au Musée National, logé dans l’ancien palais du roi, des collections d’armes et d’objets raffinés y sont présentés, ainsi que des extraits du traité susmentionné. La deuxième tentative pour entre dans le parc du Temple de la Dent de Bouddha sera la bonne: j’ai baissé mon short en-dessous des genoux, mais j’ai pensé à remonter mon caleçon, attention au look baggy. Il y règne une ambiance particulière, une vraie effervescence. Les préparatifs de la cérémonie la plus importante de l’année, l’Esala Perahera, battent leur plein, plusieurs dizaines d’éléphants sont choyés tandis que des centaines de policiers font des contrôles dans le périmètre de sécurité sur le parcours de la procession. Les badeaux se réservent des places de choix sur le parcours de la cérémonie religieuse qui est éclairée à la lueur des brûlots.

11 août 2019.
Quelle journée, mes aïeux ! Sur les bons conseils de nos hôtes, j’ai installé l’application PickMe sur mon smartphone, c’est comme Uber mais c’est local, incluant les tuk-tuk.

Nous avons commencé par visiter, pour de bon cette fois, le Temple de la Dent Sacrée de Bouddha (short en position basse). Moi qui abhorre cela, j’ai dû faire toute la visite pieds nus, heureusement que ma charmante épouse avait prévu des lingettes pour les nettoyer avant de remettre les chaussures. Le temple en lui-même ne casse pas la baraque – expression bien malheureuse s’il en est, vu les attentats dont il a fait l’objet, dont le dernier en 1998 – mais ce qui marque les esprits, c’est surtout la ferveur des disciples en pèlerinage qui apportent des offrandes et viennent tenter de se recueillir, pressés à la queue leu-leu devant cette fameuse dent de Bouddha, incroyable relique qui aurait résisté à bien des aventures. Outre le temple, construit dès 1595, le site permet la visite de trois musées : un musée archéologique, le musée du bouddhisme mondial où nous prenons plaisir à retrouver les sites majeurs que nous avons déjà visités en Thaïlande et en Chine, ainsi que le musée du Radjah. Dans ce dernier se trouve une des plus grande œuvre de taxidermiste : l’éléphant Royal à qui était confiée la dent de Bouddha lors des processions de l’Esala Perahera sur laquelle nous reviendrons.

Bouddah.
Bouddah.
En bois.
En bois.
Sous bonne garde.
Sous bonne garde.

De là, et après s’être bien nettoyé les petits petons, nous montons courageusement au Bouddha Bahirawanka qui domine la ville du haut de ses 88 pieds. Cette fois, je garde les chaussettes, mais comme il commence à pleuvoir, elles finissent mouillées. De là-haut, les différents sites de la ville se distinguent parfaitement, comme les derniers contreforts des montagnes qui fondent vers la plaine. Aucun PickMe ne réagit, nous redescendons à pieds, ce qui nous autorise à prendre encore un goûter dans notre Sky Lounge avant de rentrer se reposer à l’hôtel.

Big.
Big.
(pour nous 4)
(pour nous 4)

Nous ressortons ainsi le soir pour assister à la procession de l’Esala Perahera. Il n’y a pas moyen de marcher sur les trottoirs qui sont bondés, nous avançons donc dans la rue qui est fermée au trafic. Nous passons un triple contrôle avec fouille corporelle très très rapprochée, les chatouilles étaient rigolotes jusqu’à ce qu’elles deviennent gênantes … Comme il est impossible de trouver un place sur les trottoirs, nous finissons par accepter l’offre d’un commerçant qui loue des chaises en plastique à la fenêtre de son étage. Ce n’est pas le grand luxe, mais nous serons au moins assis, vu qu’il y en a pour trois heures de défilé.

Esala perahera.
Esala perahera.
Esala Perahera.
Esala Perahera.

12 août 2019.
Réveil pluvieux, et donc frais mais humide, nous mettons à profit une accalmie pour rallier le jardin botanique royal de Peradeniya, couvrant 59 hectares et créé en 1843, son origine remonte à 1371 lorsque le roi WickramabahuIII himself y établît sa cour. Le jardin est réputé pour ses allées bordées de palmiers, telles que l’avenue des Cocos de mer et l’avenue des palmiers de Cabbage.

Don't walk on the grass.
Don’t walk on the grass.
I'm singing in the rain.
I’m singing in the rain.
Hotel Transylvania
Hotel Transylvania
Joli.
Joli.

Mondialement renommé pour sa collection d’orchidées, le jardin abrite également des centaines de chauve-souris géantes mais inoffensives car frugivores (elles sont vegans quoi) et quelques espèces endémiques d’oiseaux, tel l’espiègle cuculus varius. Il nous faudra sortir les parapluies plusieurs fois et nous abriter, mais nous y passerons finalement une bonne journée, de quoi amortir l’excessive taxe d’entrée.

13 août 2019.
Après trois nuits passées dans cette petite guesthouse très bien tenue, il nous faut à nouveau affronter le tumulte du trafic jusqu’à Dambulla. Il faudra que j’arrive à me débarrasser des mauvaises habitudes de conduite en rentrant à Bruxelles : klaxon et appels de phares intempestifs, dépassements en virage avec ou sans double ligne blanche, clignotant optionnel, et piétons accessoires. Pas bien, mais pas d’accrochage jusqu’ici.

Dambulla est réputé être un site majeur du Sri Lanka, il est certes magnifique mais la suprématie des guides touristiques comme le Routard, le Lonely Planet et autre Géo ont leurs limites.

Dambula.
Dambula.

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Dambula.
Dambula.

C’est en arrivant à Sigiriya que nous touchons le centre du fameux Triangle Culturel, formé par Kandy au Sud, Anuradhapura au Nord et Polonnaruwa à l’Est. Nous y trouvons une super guesthouse avec piscine, il n’y a plus de chambre familiale disponible, mais nous pouvons prendre un bungalow chez le frère du patron dans le jardin d’en face et quand même venir nager, ça le fait. Ce qui le fait moins, au centre du village, c’est l’énorme scorpion écrasé sur le trottoir (comme ceux qu’on mange à Koh Lanta), le varan qui se réfugie dans l’égout et les cinq touristes sur le dos d’un éléphant enchaîné !

Rice and curry.
Rice and curry.

14 août 2019.
Si nous sommes venus à Sigiriya, c’est pour visiter le site majeur du pays, le Rocher du Lion : c’est un énorme bloc de 200 mètres de haut qui s’élève au-dessus de la jungle et des jardins, sur lequel le roi parricide Kassapa fit édifier son palais vers 473 pour célébrer son forfait et surtout son accession au trône. Le rocher, prenant alors la forme d’un lion posé à la manière des Sphinx, fit office de capitale pour une courte durée, la vengeance du frangin (l’orphelin donc) ayant mis fin à son règne dix-huit ans plus tard. Au pied du rocher s’étendaient la cité, les temples et les jardins d’agrément. A son sommet s’étendent aujourd’hui les ruines du palais sur 1.500 m2. C’est un peu le Macchu Picchu d’ici, quoi.

Après nous être acquittés du dispendieux droit d’entrée (plus de cent fois le tarif des locaux tout de même), nous suivons les hordes de touristes en file désordonnée, c’est que les Sri-lankais sont aussi en vacances et visitent leur pays, quoi de plus normal. Passé le Boulder Rock, deux gros rochers formant une arche, c’est le point mort total, nous sommes mal embarqués. Je remarque le petit manège de quelques guides qui emmènent les occidentaux par un autre chemin, contre un petit billet orange, la serviabilité a ses limites. Nous les suivons d’un air assuré et prenons ainsi un by-pass qui nous épargnera plus de deux heures d’attente, nous le constaterons à la descente.

Sigiriya.
Sigiriya.
Asparas.
Asparas.
Frelons.
Frelons.

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#VWONTHEWAY
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Par des escaliers à flanc de falaise, nous atteignons la grotte aux demoiselles, présentant les seuls restes d’une fresque de 140 mètres de long, illustrant ces fameuses asparas, bien connues des hommes d’âge mûr (ce qui m’autorise à penser que soit je ne suis pas mûr, soit je manque de culture), ces nymphes célestes aux formes judicieusement proportionnées. Puis le parcours continue jusqu’aux papattes du Lion, forcément. C’est là qu’il faut rester calme car une bonne dizaine de nids de frelons accrochés à la falaise ou dans les arbres veillent sur le palais. Arrivés tout là-haut, un panorama à 360 °, quelques ruines étagées, un trône brut de décoffrage et un vent à retourner les casquettes.

Après être descendus en croisant nos compagnons de file d’attente, et comme nous ne sommes pas encore assez fatigués de l’épopée, nous nous lançons sur un petit sentier vaguement balisé au plus profond de la jungle en direction de la grotte d’Aligala, dont les fouilles ont montré que le site était déjà occupé par l’homme il y a plus de cinq mille ans.

Fourbus, nous traversons le musée au pas de course (on a payé, on y a droit) puis nous rentrons nous reposer à l’hôtel, Catherine fait la sieste tandis que j’assume la garde de mes héritiers légitimes.

Bassin.
Bassin.

15 août 2019.
Hier, du haut du Rocher du Lion, nous voyions quelques quidams au sommet d’un autre promontoire, le Rocher de Pirudangala, qui offre forcément une sacrée vue sur celui de Sigiriya. Nous nous y attaquons donc, le site est moins fréquenté et moins aménagé mais mis à part les dix derniers mètres, l’ascension est aisée par temps frais. Sauf que là, il y a bien 37 °C, heureusement qu’il ne pleut pas, en bas de ça. L’animation qui règne au sommet du rocher est bien loin de l’atmosphère propice à la méditation, et les touristes venus dégainer leur stick à selfie ont tendance à oublier que ces lieux sacrés accueillaient jadis quelques anachorètes (à vos dicos).

Rocher.
Rocher.
Anachorètes.
Anachorètes.

16 août 2019.
Nous atteignons le Vatadage de Medirigirya après une heure de route et un raccourci par une piste qui longe le parc national de Minneriya. Hors des sentiers battus touristiques actuels et peu fréquenté, ce monastère fut établi au troisième siècle avant JC et occupé jusqu’au treizième siècle de notre ère. Le site remarquable présente un vatadage, une construction typiquement sri-lankaise de forme circulaire, construite autour d’un stûpa ou d’un dagoba afin d’en protéger les reliques. Un peu à l’écart du site monastique nous retrouvons les traces de la présence d’un hôpital qui, selon les indications était bien équipé pour l’époque.

Medirigiriya.
Medirigiriya.
Medirigiriya.
Medirigiriya.
Medirigiriya.
Medirigiriya.

Nous poursuivons la route en direction de Polonnaruwa où nous déjeunons dans un Pizza Hut sans gloire dont les équipements réfrigérants participent au réchauffement climatique pour notre unique confort.

Pizza Hut.
Pizza Hut.

17 août 2019.
« Pourquoi nous ne visitons que des anciennes capitales ? J’espère que cette fois, il n’y aura pas tout plein d’escaliers ! »
Non, ce n’est pas un vent de rébellion qui souffle, c’est Alexis qui développe son sens de l’humour. La mère de son frère vient d’expliquer le programme de la journée qui sera consacrée à la visite de l’ancienne capitale marquée par les règnes successifs des rois Parakramabahu de 1153 à 1186 (après JC, donc) et Nissanka Malla de 1187 à 1196.

Compte tenu de la foule (c’est samedi et les vacances locales battent leur plein), de l’étendue du site (plusieurs kilomètres) et de la chaleur humide (31 °C à l’ombre et 85 % d’humidité), nous décidons – contre toute attente – de ne pas louer de vélo et de parcourir le site en Toyota Vitz, boîte automatique, l’airco à fond. Mais le chemin d’accès au Tivanka Pilimage étant en travaux, nous marcherons aussi quelques kilomètres.

Polonnaruwa.
Polonnaruwa.
Polonnaruwa.
Polonnaruwa.
Le monde de Nemo.
Le monde de Nemo.
Polonnaruwa.
Polonnaruwa.
Polonnaruwa.
Polonnaruwa.
Polonnaruwa.
Polonnaruwa.
Polonnaruwa.
Polonnaruwa.

Les ruines sont nombreuses et si je vais vous en épargner les explications dithyrambiques, certains éléments sortent néanmoins du lot, comme cette entrée de temple gardée par des lions et des dragons censés empêcher le mal d’entrer – nous ne sommes donc pas le mal, ou alors ça ne fonctionne pas – le Bouddha en triple flexion du temple Trivanka – soit il souffrait d’une terrible scoliose, soit il assumait son déhanché élégant – et le bassin s’enfonçant dans le sol sur cinq niveaux concentriques – précurseur de Nemo 33. Après tout ça, il n’y a plus qu’à traverser le musée de manière expéditive (l’appel de la piscine retentit), histoire de mettre une maquette sur les ruines visitées.

18 août 2019.
Journée de repos : nous avons assez donné ces jours-ci. Mon épouse nous coupe les cheveux, devenus trop longs pour supporter la chaleur. La séance de coiffeur tourne au cauchemar : la coiffeuse décèle la présence de larves, bingo nous sommes envahis par les poux. Comme c’est dimanche, les pharmacies sont fermées, il faudra se contenter des remèdes de grand-mère. Direction le Cargills, une bouteille d’huile de noix de coco, une bouteille de vinaigre et au boulot. Vous imaginez un peu les VW au complet dans la douche, dégoulinant d’huile, sac plastique sur les cheveux comptant 60 secondes par séries en français, néerlandais, anglais et espagnol jusqu’à atteindre les vingt minutes recommandées ?

19 août 2019.
La vinaigrette prend forme, ce matin c’est le deuxième traitement à l’huile de noix de coco, puis nous dégraissons au vinaigre blanc. En cours de route (vers Trincomalee), nous sommes arrêtés par la maréchaussée qui s’était tapie à l’ombre: apparemment, notre véhicule a franchi un tout petit petit bout de ligne blanche. Je balance à l’agent un timide « Maybe, I don’t know, I’m not sure, and you ». L’agent m’invite alors à demander l’avis de mon épouse, qui était persuadée que nous étions arrêtés pour excès de vitesse, alors franchement pour elle, la ligne blanche, peu ou prou. Comme je sens l’agent hésitant, je reprends mon permis de conduire en le remerciant et en le saluant. Pris au dépourvu, il nous laisse filer.

Nous avons ainsi tout le temps de visiter trois pharmacies pour trouver un bon vieux produit chimique et le traditionnel peigne à poux. Mais le meilleur, c’est la baignade dans l’océan Indien en fin d’après-midi. Le vent s’est levé et les vagues sont remontées, le courant nous entraîne vers le large et je serre très fort les petites mains des garçons, les aidant à lutter contre le courant. S’en suit une magnifique construction à base de silice, aussi passionnante qu’éphémère, réalisée à mains d’enfants et à pieds d’adulte (style un bon petit 47).

Playa.
Playa.
Veni, vidi, vici.
Veni, vidi, vici.

20 août 2019.
Réveillés à l’aube, nous commençons la journée par un bain matinal, en communion avec la nature, le soleil est déjà haut dans le ciel alors que la lune tire sa révérence. L’eau de l’océan Indien s’est à peine rafraîchie pendant la nuit et nous entrons dans la mer comme nous entrons dans le bain, la circonspection en sus.

Notre ration de banana pancake dans le ventre, nous allons visiter le Fort Frederick, édifié en 1675 par les Néerlandais, il passa aux mains des Portugais, des Français (brièvement) et des Anglais (longuement). Le fort est installé sur une petite péninsule au bout de laquelle un temple Hindou a été reconstruit quatre siècles après avoir été démoli par les Portugais, des statues ont été retrouvées lors de travaux récents.

Temple hindou.
Temple hindou.
Ex-votos.
Ex-votos.

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Musée naval.
Musée naval.
Bas les chaussures et les t-shirts.
Bas les chaussures et les t-shirts.
Voilà.
Voilà.

Le musée naval étant malheureusement fermé pour cause de « cleaning day »,comme quoi tout arrive, nous remontons la côte jusqu’à la plage de Nilaveli, moins fréquentée et plus turquoise, non sans nous arrêter au temple Hindou Arulmigu Sri Lakshmi Narayana Perumal Kovil (ça calme, hein) refait à neuf suite au tsunami de 2004, où nous les hommes sommes invités à ôter notre t-shirt. Ce n’est qu’en fin d’après-midi que nous ressortons pour la baignade, le château de sable et un peu de footing.

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21 août 2019.
La playa, c’est fini pour le moment, il faudra traverser l’île d’Est en Ouest pour retrouver l’océan Indien, et surtout la mer des Laquedives, comprise entre le Sri Lanka, la pointe Sud de l’Inde et les Maldives, oui ça fait rêver.

Mais d’ici là, deux grosses visites nous attendent : la cité monastique de Mihintale pour aujourd’hui et l’ancienne capitale d’Anuradhapura pour demain.

Mihintale revêt un caractère sacré pour le pays car c’est ici que Mahinda et Sanghamitta, les émissaires de l’empereur Ashoka de la célèbre dynastie Maurya, convertirent au bouddhisme le roi Devanampiya Tissa, fondateur du royaume d’Anuradhapura au troisième siècle avant JC, et par la même occasion, toute l’île.

Tout en méditant à cette histoire, j’étais encore en pleine digestion de mes banana pancake lorsque l’agent Azman m’a invité à m’arrêter sur le bas-côté de l’autostrade. A ma connaissance, mis à part un éventuel tout petit excès de vitesse qu’il aurait eu du mal à prouver, je n’avais commis aucune infraction. A la question « Where are you from », j’ai logiquement répondu « Trincomalee ». A la question « Yes, but WHERE are you from », j’ai insisté « Trincomalee ». A la question « Are you buddhist », j’ai répondu « No, and you ». Mes réponses ont eu l’air de le satisfaire, ainsi nous a-t-il libérés.

Mihintale.
Mihintale.
Mihintale.
Mihintale.
Mihintale.
Mihintale.
Mihintale.
Mihintale.
Mihintale.
Mihintale.

Nous sommes arrivés sans autre impondérable à Mihintale, berceau du bouddhisme au Sri Lanka. Après la visite privée et guidée du petit musée, nous montons jusqu’au monastère composé d’un Bouddha assis en méditation, du rocher à escalader, d’un dagoba contenant de saintes reliques et d’un bâtiment en travaux. Comme toujours, il faut retirer les chaussures, mais comme le sol est brûlant et plein de petits cailloux, nous y allons en chaussettes, bien remontées s’il vous plaît. Le centre monastique connut son apogée au quatrième siècle de notre ère, il comptait alors quelques deux mille moines, bien organisés comme l’attestent les stèles reprenant les règles de vie. Par exemple, le principe de cautionnement pour couvrir les dégâts lors des travaux avait déjà trouvé sa place, ainsi que l’établissement d’un relevé précis des travaux effectués et la présentation d’un décompte final. Bref, je suis dans mon élément.

22 août 2019.
Aujourd’hui, c’est déjà demain, nous suivons les bons conseils de notre aubergiste et sélectionnons trois sites de l’ancienne capitale du roi Devanampiya Tissa (celui qui a plus ou moins converti l’île au bouddhisme), parmi la multitude de stupas, temples et monastères. Laissant notre carrosse sur le vaste parking de délestage, nous commençons par le Sri Maha Bodhi, vous avez reconnu l’arbre séculaire sous lequel Bouddha atteignit l’illumination. Il s’agirait ici en fait d’une bouture de cet arbre, plantée en 288 avant JC par notre ami le roi Devanampiya Tissa, la bouture en question étant aujourd’hui supportée par une structure en or, ou à tout le moins dorée.

Ferveur.
Ferveur.
Salut vieille branche.
Salut vieille branche.

Nous empruntons ensuite l’allée sacrée vers le Rulanwelisaya, ou simplement le Grand Stupa. Il est exact qu’il porte bien son adjectif, vu qu’il culmine à 102 mètres au-dessus du sol, et que sa base carrée de 146 mètres de long est jalonnée de centaines d’éléphants. Comme tous les stupas, il abrite de saintes reliques, une vertèbre, un cheveu ou un ongle de Bouddha.

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Demi-tour sur l’allée sacrée qui nous mène jusqu’au monastère d’Isurumuniya, remontant au troisième siècle avant JC et mondialement connu (enfin, dans le milieu) pour ses sculptures : les éléphants semblant prendre le bain dans le bassin, les amants posant sans pudibonderie et la famille royale, accompagnée de ses serviteurs. Traversant les jardins royaux, nous arrivons dans un hôtel au luxe défraîchi où nous nous contentons d’un jus de pastèque désaltérant. De retour à l’hôtel, nous autorisons, dans notre grande bonté, notre progéniture à terminer le deuxième cahier de devoirs de vacances, avant d’aller se prélasser dans la piscine pendant une heure.

Pastèque.
Pastèque.

23 août 2019.
Cette nuit, j’ai fait un geste important pour la planète : j’ai coupé la clim. Mais j’ai allumé le ventilo, il y a encore du boulot. Journée de transit, 136 km jusqu’à Kuduwa, au fin fond de la péninsule de Kalpitiya connue pour ses salines, ses palmiers et ses écoles de kitesurf. Pour nous, c’est surtout l’attrait du calme d’une région isolée et encore un peu sauvage (nous avons vu des ânes et des vaches en liberté).
Attrait aussi d’un hôtel tout confort, avec une piscine de 25 mètres, je vais enfin pouvoir aligner les longueurs. En plus, l’hôtel est désert, le manager est aux petits soins et la chambre triple de transforme en chambre quadruple, notre lit fait 390 cm de large.

25 mètres.
25 mètres.
390 centiètres.
390 centiètres.
Sunset.
Sunset.

24 août 2019.
Ce matin, j’ai besoin de me dérouiller les jambes, je pars en footing le long de la lagune et des salines. Plusieurs panneaux attirent l’attention des passants sur l’importance de préserver l’environnement et l’écosystème fragile de la mangrove. D’ailleurs, les nombreux déchets plastiques qui jonchent la bande de sable illustrent parfaitement cette nécessité.

Fantastique, le plastique ?
Fantastique, le plastique ?

Nous ne sommes qu’à quelques kilomètres de Kalpitiya, le chef-lieu de la péninsule, et de son fort construit de 1666 à 1676 par les Hollandais. A moitié en ruines, mais encore occupé par la marine nationale du Sri Lanka, il faut laisser son passeport à l’entrée et la visite est normalement guidée … en sri-lankais. Nous nous écartons du groupe pour apprécier les quatre petites tours de guet, les porches au look d’église (une ruse des Hollandais) et les squelettes de baleines bleues.

Fort.
Fort.

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En fin d’après-midi la piscine s’anime, c’est que les nantis de Colombo sont de sortie.

25 août 2019.
Aujourd’hui, détente totale, sauf à la piscine : les kets ont inventé le jeu de la « course-poursuite ». Votre serviteur doit traverser la piscine sans se faire attraper par les garçons qui restent cool Raoul plus ou moins au milieu. A midi, petite sortie tout de même, histoire de changer des Fried Noodles et autre Rice and Curry : un bon vieux burger frites.
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26 août 2019.
Pas la moindre envie de partir, parce que je sais ce qui m’attend, alors je prolonge dans la piscine avec Valentin, mais quand il faut y aller, il faut y aller. 136 kilomètres interminables, des centaines de coups d’avertisseur sonore et autant de coups de freins et de volants, mais nous y arrivons enfin. C’est donc en toute logique que nous rallions le Burger King du coin en tuk-tuk, puis pareil pour la « plage », difficile d’accès et relativement bien polluée.

27 août 2019.
Ce matin, pour changer du pain grillé à la confiote chimique, nous prenons le petit-déjeuner chez Calton, une bonne pièce de cake au beurre et des gosettes à la confiture … chimique. De là, tuk-tuk jusqu’au Fish Market, le place to be du poissonnier. C’est animé, il y de la poiscaille à profusion et tout ce qui va avec. Nous ne nous éternisons pas et partons à la recherche du Dutch Fort en contournant la prison. En fait, il ne reste que l’entrée du fort qui double celle de la prison. Nous ne nous éternisons pas non plus. Face à la prison, nous trouvons logiquement la rue des avocats et donc des plus belles maisons de la ville.

Le secret.
Le secret.
Fish market.
Fish market.
Fort/prison.
Fort/prison.
Avocat.
Avocat.
Eglise.
Eglise.

Nous rentrons à l’hôtel et je repars seul vers l’aéroport. Non, ce n’est pas le Grand Schisme de Ceylan, je vais simplement ramener la Toyota de location, après 1515 kilomètres de bons et loyaux services, sans aucun accroc. Une performance. Évidemment, le pey est en retard, ce qui m’autorise à être parfaitement désagréable et à ficeller la procédure en quelques minutes. D’ailleurs, il est stupéfait de voir sa bagnole intacte. Fin d’après-midi relax, piscine et pizzas. Au lit à 19h, réveil à 1h42. Avion à 4h35.

29 août 2019.
Forcément, la nuit fut aussi courte que mauvaise. Mais peu importe. Voilà que s’achève notre merveilleux voyage. Nous avons voulu le faire dans les meilleures conditions : voiture de location, belles chambres, piscines, bon restos. Et il nous fallait bien cela, c’est qu’on vieillit ! Encore attristés par la pollution, omniprésente, encore fatigués par le trafic anarchique (les bus, les motos et les tuk-tuk), encore avide de trouver un resto « clean » deux ou trois fois par jour, encore en sueur de la chaleur humide, il nous faudra quelques jours pour digérer cela et ne garder que le meilleur.

Et le meilleur, outre les plantations de thé d’Haputale, outre le rocher de Sigiriya, outre le vatadage de Medirigirya et le monastère de Mulkirigala, c’est d’avoir passé un mois ensemble, toujours ensemble, à se nourrir et le corps et l’esprit, à se remplir le cœur de la richesse de notre petite famille ordinaire.

Voilà, c’est fini. Donc, c’est quand qu’on va où ?

Gros dodo.
Gros dodo.