Projet

Pour faire simple, notre projet est de réaliser notre rêve de prendre du temps pour nous et nos enfants et de réaliser un grand voyage aux Amériques, pendant près de deux ans. Nous avons acheté et aménagé un camping-car en Belgique (voir « véhicule » ), il nous servira à la fois de moyen de transport, d’hôtel-restaurant, et même de chambre d’hôtes.

C’est là que les questions et les exclamations fusent : « pourquoi », « mais vous êtes fous », et « quel courage » ou encore « oh, moi aussi j’en rêve ».

Alors, en vrac, voici quelques explications, quelques réflexions et quelques sentiments qui nous ont poussés dans ce projet :

  • Vivre ses rêves au lieu rêver sa vie
  • L’envie de vivre autre chose que le rythme soutenu que nous connaissons depuis quelques années
  • L’envie de prendre le temps de mieux s’occuper de nous et de nos enfants
  • L’envie de découvrir notre terre, ou du moins une partie, et de s’affranchir de nos contraintes professionnelles quotidiennes
  • Arrêter le temps, le temps d’une Stella
  • Montrer à nos enfants d’autres manières de vivre, voir que nous sommes encore capables de bien délirer et d’entrer dans leur univers, les voir grandir et s’enrichir au quotidien
  • Admettre que ce qui serait fou, ça serait de rester comme ça sans rien faire d’autre que le train-train quotidien, aussi beau et riche soit-il
  • Se demander si le vrai courage est de suivre le rythme métro-boulot-dodo sans se poser de question
  • Rester ensemble tout le temps, se faire plein de câlins, rester « groepier »
  • En prendre plein la vue, vivre des expériences extraordinaires, rencontrer des gens en d’autres horizons
  • Gérer ensemble un projet complexe mais merveilleux
  • Vivre et consommer différemment, se contenter de peu et de toute la richesse de la vie
  • Ne jamais rien regretter
  • Pouvoir dire un jour « Nous aussi, nous l’avons fait » au lieu de « Nous aussi, nous en rêvons » 

 

Vivre ses rêves…

Parés pour l'aventure, c'est où l'Amérique?
Parés pour l’aventure, c’est où l’Amérique?

Je roule sur une petite route cabossée de l’île du Prince Edouard, à l’Est du Canada. La route est bordée tantôt de petites maisons en bois coloré, aux jardins bien entretenus, tantôt de champs ou de pâturages. Il fait beau, pas trop chaud, légèrement nuageux. Au loin, j’aperçois la mer et au-delà, la Nouvelle-Ecosse que nous avons quittée hier. Princesse est assise à côté de moi, elle guide le chemin, savoure ce moment de calme et plénitude, lançant de temps à autre un regard bienveillant sur sa progéniture sagement assise à l’arrière et qui s’émerveille de voir tant d’oiseaux sur les câbles électriques, ou des bateaux échoués sur des remorques et à qui il tarde de reprendre le large.

Il y a à peine une semaine, je rangeais encore mon bureau, je triais mes mails, je sauvais mes archives en grignotant les quelques chips restant de mon farewell drink. Après avoir pris congé des amis, qui se sont retrouvés entassés à près de quarante dans notre salon, il ne restait plus qu’à faire nos adieux à notre famille, nos parents et grands-parents qui nous aiment si fort qu’ils subissent cette séparation forcée en se mettant aux technologies de pointe pour mieux l’accepter, merci à eux.

Puis, tout était réglé comme du papier à musique, organisé dans les moindres détails, même l’éruption du volcan Bardarbunga a été retardée pour que notre escale à Reykjavik puisse avoir lieu. Nous avons choisi pour notre première nuit un hôtel dans le centre-ville d’Halifax à distance pédestre des bureaux d’ACL, l’opérateur maritime qui a assuré le fret du motorhome et des bureaux douaniers pour mener à bien l’importation temporaire. Puis nous avons guidé le chauffeur du taxi qui nous a menés au terminal maritime afin de récupérer le CC. Pendant que les enfants restaient avec Catherine dans la cahute des gardiens, je suis mené jusqu’à notre carrosse qui n’attend que moi pour faire vrombir son moteur.

Il nous attend.
Il nous attend.

A peine arrivé, je remarque tout de suite une balafre sur son flanc gauche. La claque. Nous avions tout en main, nous avions récupéré le motorhome en un temps record, et là, j’arrive au port, et je le retrouve avec une saignée de 50 cm de long et de 20 cm de large, parce qu’un empoté a cru indispensable de vérifier la limite de rupture plastique de la cloison en aluminium, emportant au passage une bonne couche d’isolation. Et là, c’est la galère, contacter l’assurance, introduire une plainte, faire venir l’expert, trouver un réparateur spécialisé en RV (véhicule récréatif), puis un autre et encore un autre, personne n’ose y toucher. Enfin, sur les conseils de l’expert, il ne reste plus qu’à faire 100 km pour trouver le petit carrossier de quartier qui voudra bien suturer et cicatriser l’engin.

Déjà moins fier.
Déjà moins fier.

Mais, pendant ce temps-là, il faut aussi faire les pleins (eau, diesel, gaz, frigo), voir si tout fonctionne, l’eau chaude, le frigo, le chauffage, les éclairages, les chargeurs, etc.

Et en plus, il faut s’occuper des deux kets, complètement déboussolés. Epuisés, mais débordant d’énergie, affamés, mais refusant de manger la soupe, sages comme des images, mais courant et criant dans tous les sens.

Alors, je roule dans ce tank écorché qui consomme bien ses 15 litres aux cent, et qui se traîne comme une limace, se faisant dépasser sans honte par des semi-remorques, pendant ce temps-là il pleut des cordes, et les deux monstres n’arrêtent pas de se chamailler et de bouger dans leur rehausseur, et Catherine se dépatouille tristement entre la carte et le GPS dont le signal laisse à désirer sur cette grand route industrielle, et là aussi pourtant, je vis mes rêves.

La claque.
La claque.